« Mon cinéma »

C’est par l’intermédiaire du 7e Art, que mon regard a été attiré par la photographie. Pour être plus précis, c’est un film de genre, Relic, thriller agrémenté d’un zeste d’épouvante, sorti au cinéma le 29 janvier 1997, et tiré d’un roman de Douglas Preston et Lincoln Child, ouvrage publié pour la première fois sous le titre Superstition (excellent roman d’ailleurs). Ce film est à l’origine de mon intérêt pour l’image sous sa forme « figée » et « statique », mais en fait si vivante et animée, surtout quand on prend le temps de l’observer, de la regarder attentivement.

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Relic – Scène du musée (dr)

Aux manettes de cette production, au demeurant de facture assez classique, Peter Hyams, réalisateur, producteur, et scénariste américain, à la filmographie assez bancale, capable du meilleur comme du pire, surtout en ce qui concerne ses dernières réalisations. Peter Hyams a pourtant une particularité bien spécifique : il est aussi directeur de la photographie sur la plupart de ses films, chose assez rare pour un metteur en scène. Et c’est justement ce qui m’a particulièrement intéressé sur Relic, où Peter Hyams s’applique à soigner la photographie, afin d’imprégner l’action dans les ténèbres, et donc de pouvoir jongler avec les codes de l’obscurité, et ses multiples « contrastes ». Cela apporte au film une touche toute particulière, une empreinte toute personnelle qui donne un rendu général très sombre, qui va jusqu’à flirter avec le noir total.

Malgré cela, selon les scènes et les plans, on parvient à distinguer un semblant de lumière, de luminescence éphémère, et ce au sein même de cette noirceur poisseuse. Ce qui se répercute sur l’imagination du spectateur : face à cette obscurité omniprésente, il se laisse happer par la suggestion…  Parfois, une lumière furtive contraste soudainement avec une obscurité angoissante, le réalisateur joue au chat et à la souris avec le spectateur. Il cache, dissimule l’origine du mal qui hante le musée dans lequel le film se déroule en grande partie, et qui est, à lui seul, un personnage, car mis en valeur par une photographie magnifique, faisant corps avec l’obscurité de certaines séquences.

Le fait de vouloir camoufler aux yeux du spectateur, pendant les deux premiers tiers du film, les caractéristiques physiques de la créature qui sème la panique dans le musée, ajoute un cachet supplémentaire au long métrage. C’est un numéro risqué d’équilibriste, que réussit Peter Hyams par sa maîtrise de la photographie.  

C’est en fait ce rapport à la lumière et à l’obscurité qui m’a sensibilisé à l’univers de l’image, des plans, du ou des détails d’une scène, de l’importance de l’éclairage d’un décor, la façon de composer avec la lumière et ses contrastes, cette capacité à non pas dompter, mais à ciseler la lumière, à la modeler, la faire vivre.

Depuis ce film, la photographie est entrée dans ma vie, par la petite porte, et sans artifice. C’est un peu ma façon à moi de faire du cinéma, puisque j’estime qu’une photo est un plan, qu’il faut cadrer ce plan en fonction d’un certain nombres de données, pas seulement techniques, mais aussi émotionnelles. Il existe mille et une façon de regarder ce qui nous entoure, à condition de prendre le temps d’observer les choses qui gravitent autour de nous. Une photo fixe un instant unique, saisissable une seule fois. Tout comme les instants de la vie.

François Ponthieu

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